Quand l'inventeur des capsules de café regrette sa création

July 10, 2017

John Sylvan, créateur des dosettes à café pour la société Keurig, pointe du doigt l'impossibilité de recycler ces «choses». La marque suisse Nespresso a adapté ce concept en proposant des capsules recyclables.

Son invention connaît un succès retentissant, et pourtant, il la regrette. Une vingtaine d'années après avoir conçu la capsule individuelle renfermant du café, John Sylvan, déplore «l'impact environnemental de son invention» dans un entretien accordé au site américain The Atlantic. «Ces choses ne seront jamais recyclables», ajoute-t-il.

L'ingénieur de profession a quitté son poste au début des années 1990 pour faire de sa passion du café un métier. John Sylvan fonde avec Peter Dragone la société Keurig, signifiant «excellence» en néerlandais, spécialisée dans la production et la distribution de café pour concevoir des dosettes préservant l'arôme du café. Dans un premier temps, il essuie plusieurs refus, les potentiels investisseurs ne croyant pas à cette «chose». Keurig fait des entreprises sa principale cible en proposant des capsules individuelles conçues à partir d'un mélange de plastique et d'aluminium. Les foyers, qui ne sont pas une cible première, adoptent à leur tour ce procédé.

L'inventeur, qui ne s'attendait pas à un tel succès, n'avait pas anticipé un autre point: cette composition ne permet ni recyclage, ni réutilisation des dosettes qui ne sont pas biodégradables. Les capsules se présentent à usage unique, générant des tonnes de déchets plastiques. «Je me sens mal parfois», avoue John Sylvan, précisant que la capsule n'est recyclable que dans un petit nombre de villes au Canada et ne peut pas encore être traitée aux États-Unis. La matière plastique fait aussi partie intégrante de la conception des gousses, assurant la protection du café contre les éléments extérieurs, précise le site britannique Dailymail. Ce modèle économique était déjà appliqué dans d'autres secteurs. L'invention du rasoir à lames interchangeables en 1895 par Gilette illustre ce concept: le client achète un objet accessible mais se retrouve très vite dans une situation de dépendance vis-à-vis du consommable.

John Sylvan admet un autre regret: avoir vendu trop tôt ses parts de la société. En 1997, il fait le choix de les céder pour la somme de 50.000 dollars. Dix-sept ans plus tard, le chiffre d'affaires de Keurig Green Moutain a atteint 4,7 milliards d'euros en 2014 et le revenu annuel a été multiplié par six sur les six dernières années. Récemment, l'ingénieur a tenté de se racheter une conduite en proposant un prototype de capsule biodégradable à son ancienne entreprise. Une proposition qui n'a pas été étudiée par les dirigeants de Keurig.

 

 

La guerre des dosettes

 

Depuis, l'invention de John Sylvan qui est tombée dans le domaine public en 2012, a fait des petits. Nespresso, qui a choisi dès 2006 l'acteur George Clooney comme égérie de sa marque, a inventé la machine à expresso portionné tout en créant des capsules sur-mesure.

La filiale du groupe suisse Nestlé avait mis en place un système excluant l'utilisation de dosettes commercialisées par d'autres marques dont Carte Noire ou L'Or. Nespresso modifiait régulièrement les composants de ses machines sans en avertir ses concurrents. L'Autorité de la concurrence a soldé le long bras de fer entre Nespresso et ses concurrents en septembre 2014. Nespresso avait pris de nouveaux engagements de transparence en communiquant à ses concurrents les informations sur ses nouvelles machines «au minimum quatre mois avant leur mise sur leur marché, soit dès leur mise en production. En France, où Nespresso a débarqué en 1991, il représente près d'un quart des machines expresso vendues et environ 85 % des capsules compatibles avec ses machines. La filiale de Nestlé a fait le choix de commercialiser des dosettes entièrement recyclables. Une capsule usagée Nespresso est constituée «à 90% de marc de café et de 10% d'aluminium», précise Nespresso.

L'inventeur de la capsule s'est, quant à lui, définitivement retiré de l'univers du café. John Sylvan s'est reconverti dans le secteur de la photovoltaïque et ne possède pas de cafetière à dosettes chez lui. «Elles sont assez chères à l'usage, et ce n'est pas comme si c'était compliqué de faire tourner une cafetière», ironise-t-il. En 1995, il a dû être hospitalisé pour des palpitations cardiaques après avoir testé jusqu'à 40 tasses de son café par jour.

 

Source : http://www.lefigaro.fr/societes/2015/03/11/20005-20150311ARTFIG00045-quand-l-inventeur-des-capsules-de-cafe-regrette-sa-creation.php

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